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Ce jour là je suis arrivé en retard à l’école...

lundi 28 décembre 2009, par marc

Décembre 89, décembre 2009 ... La "révolution" roumaine célèbre ses 20 ans.

Il y a 20 ans,dans la touffeur de l’Afrique orientale, l’oreille collée au crachottis de radio France Internationale je suivais incrédule les évènements qui se précipitaient à Bucarest.

A Dar Es Salaam, sous le wouf wouf des pales du ventilateur déglingué du plafond brassant avec peine un air épais, l’histoire des Balkans s’écrivait dans la confusion d’une émeute brutale.

Pouvait-il en être autrement ? Pouvait on imaginer une autre fin pour ce pays ?

Les souvenirs étaient encore frais, le monde qui s’écroulait dans la violence et la fureur encore bien proche dans nos souvenirs et notre mémoire. Le théâtre tragique et ubuesque donnait sa dernière représentation.

Raconter la Roumanie des années 80 était chose impossible tant était grotesque la réalité du quotidien au pays d’Ubu roi. Il eut été possible d’en rire et d’applaudir la farce d’une comedia dell’arte à la sauce Valaque si le tragique et la misère n’avaient été le quotidien d’un peuple tout entier.

Brisé par la vision détraquée d’un conducator visionnaire, énième facette du marxisme qui d’Enver Hodja à Kim Il Sung de Mao à Staline des Kmers rouges aux tyranneaux africains déclinaient les multiples facettes d’une idéologie délétère génératrice de misère de désespoir et de despotisme.

Et dire que nous avons encore en France un parti communiste ...

Pouvait on nous croire quand nous racontions le quotidien d’un pays broyé dans une tragi-comédie toujours plus tragique que comique ?

Les immeubles gris de Bucarest avaient la grisaille d’une vie sans espoir sans horizon sans joie où seule la fuite représentait une issue.

Une anecdote pour finir, on dira surement que je fabule que j’exagère, tant pis... C’était le quotidien au pays du Danube de la pensée.

Pour aller de notre domicile à l’école nous empruntions une grande artère qui traversait toute la ville et à la fin pour tourner à gauche vers Strada Christian Tell où se trouvait l"école il fallait tourner à droite et effectuer un quart de cercle pour couper le boulevard. Très souvent la milice nous immobilisait sur le bas côté pour laisser passer les convois officiels de la Nomenklatura. Ce jour là je me suis retrouvé immobilisé perpendiculaire au boulevard par un milicien nerveux, la Kalach prête à servir... Il faut dire qu’on ne rigolait pas avec ces messieurs, la gâchette était facile et la plaisanterie inconnue... J’étais donc aux premières loges, à 3mn de l’école mais dans l’impossibilité de bouger ni pied ni patte, coincé au volant de ma Lada...

Et le temps passait. Toute circulation arrêtée, la vie s’était figée et bien sûr personne ne protestait. les minutes s’égrenaient, cette fois j’étais en retard...

Enfin un convoi s’annonce, des Dacia O mille tre sute... Ersatz de Renault 12 de la Milice débouchent à fond de train toutes sirènes hurlantes précédant la voiture officielle, une Dacia 2000, une Renault 20 bleu pétrole. Seulement dans la voiture encadrée par les motards, aux places arrières, deux clébards, les chiens du président et eux seuls... La ville bloquée plus d’une demie heure pour laisser passer les deux chiens du Président.

C’était aussi cela la Roumanie des années Ceausecu... Minuscule anecdote dans un flot d’absurdités ... Qui pouvait croire des bêtises pareilles quand on les racontait ?

Alors on ne racontait plus.


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